Concours, prépas et cerveau saturé : protéger les fonctions exécutives
À l'approche des concours et partiels, je vois chaque année à Rambouillet les mêmes visages fermés : nuits hachées, larmes discrètes, mémoire qui déraille au pire moment, fonctions exécutives à plat. On incrimine le manque de travail alors que le vrai coupable, souvent, c'est une charge cognitive qui dépasse les capacités du cerveau.
Prépas, PACES, écoles : la fabrique silencieuse du cerveau saturé
Il faut arrêter de faire semblant : la plupart des cursus sélectifs en France reposent encore sur une logique de surchauffe. Masses de cours, polycopiés interminables, QCM chronométrés, classements hebdomadaires… Le message implicite est clair : si tu ne tiens pas, c'est que tu n'es « pas fait pour ça ».
Sauf que les neurosciences racontent autre chose. Ce qui craque en premier, ce n'est pas l'intelligence, mais la charge cognitive totale, ce mélange toxique de surcharge d'informations, de pression temporelle et de stress anticipatoire. La personne n'est pas « faible » : elle est simplement humaine.
Dans les Yvelines comme ailleurs, je vois des étudiants de prépa scientifique, de PASS, de grandes écoles de commerce arriver en consultation avec un sentiment d'échec massif. Pourtant, leurs parcours antérieurs sont brillants. Quelque chose ne colle pas.
Quand la mémoire sature, ce n'est pas forcément un problème de QI
Premier malentendu : confondre capacités intellectuelles et performances sous stress extrême. Un étudiant peut avoir un très bon bilan intellectuel et s'effondrer pourtant dans le contexte concours.
La mémoire de travail sous pression permanente
Les concours exigent une mobilisation constante de la mémoire de travail : garder en tête plusieurs informations tout en résolvant un problème, jongler avec des hypothèses, corriger en direct. Or cette mémoire de travail est terriblement sensible :
- au manque de sommeil, même léger ;
- à l'anxiété de performance (« si je rate, ma vie est fichue ») ;
- à la multitâche forcée (cours, partiels blancs, dossiers, révisions, vie perso).
Résultat : certains étudiants, pourtant parfaitement capables sur le plan intellectuel, se retrouvent incapables de suivre un raisonnement complexe en temps limité. Ils décrivent un « trou noir » au milieu de l'épreuve, ou l'impression que les mots ne veulent plus rien dire.
Attention éclatée, erreurs bêtes, auto‑flagellation
Autre signe évocateur de cerveau saturé : la multiplication d'erreurs absurdes. Signes inversés, unités oubliées, pages entières non traitées par perte de gestion du temps. L'étudiant en conclut qu'il est « nul », alors que c'est souvent une simple faillite des fonctions exécutives.
Un bilan attentionnel et exécutif permet parfois de découvrir un trouble attentionnel préexistant (type TDAH) passé inaperçu au lycée, où l'environnement était plus contenable. Mais même en l'absence de trouble, on met très souvent en évidence une attention soutenue effondrée par la sursollicitation.
Actualité : la santé mentale étudiante enfin sur la table, mais encore à côté du sujet
Depuis quelques mois, les rapports sur la santé mentale des étudiants se succèdent, relayés notamment par des organismes comme Santé publique France. On parle d'anxiété, d'idées suicidaires, d'isolement. C'est salutaire.
Mais on parle encore trop peu des conséquences cognitives de ces conditions d'étude extrêmes : baisse de la vitesse de traitement, difficultés de concentration, désorganisation massive. C'est pourtant ce que les cabinets de neuropsychologie constatent sur le terrain.
Et pendant que les institutions discutent, la machine des concours continue à tourner, implacable. Les étudiants, eux, cherchent des solutions pragmatiques pour tenir sans y laisser leur peau ni leur cerveau.
Préparer un concours sans détruire ses fonctions exécutives : oui, c'est possible
Non, la seule alternative n'est pas entre « s'arracher » et « décrocher ». La vraie question, c'est : comment respecter les contraintes objectives du concours tout en protégeant le cerveau qui doit les affronter ?
Repenser radicalement la journée type
Je ne parle pas ici de quelques « tips » de productivité trouvés sur Instagram, mais de vraies décisions structurelles :
- Blocage de plages sans interruption de 60 à 90 minutes, dédiées à une seule tâche (un chapitre, une série d'exercices), téléphone coupé. La multitâche est l'ennemie naturelle des fonctions exécutives.
- Fenêtres de récupération obligatoires, toutes les 2 ou 3 heures, où l'objectif n'est pas de « réviser léger », mais de laisser le cerveau se rééquilibrer (marche, respiration, douche froide, peu importe, mais sans écran).
- Heure butoir le soir. Ce qui est gagné après 23 h est très souvent perdu en consolidation mnésique. Les bilans de mémoire le confirment : le sommeil profond reste un allié autrement plus puissant que la révision désespérée de minuit.
Organiser les contenus plutôt que les accumuler
Un étudiant en prépa de Rambouillet m'a un jour montré ses fiches : des piles complètes, écrites au millimètre, jamais relues. Ce n'était pas du travail, c'était un rituel anxieux.
Protéger ses fonctions exécutives, c'est accepter que :
- toutes les fiches ne se valent pas ;
- certains chapitres doivent être massivement priorisés ;
- la répétition espacée (revoir plusieurs fois sur des temps courts) est plus efficace que la noyade dans un seul thème pendant 5 heures.
Et si le cerveau ne sait plus par quel bout prendre tout ça, une séquence de soutien psychologique centré sur les fonctions cognitives peut aider à démêler les vrais enjeux des fausses obligations.
Quand un bilan neuropsychologique est vraiment utile chez l'étudiant
Je ne recommande pas de faire un bilan neuropsychologique à tout étudiant stressé : ce serait absurde, et les ressources ne sont pas infinies. En revanche, certains signaux doivent alerter :
- effondrement brutal des résultats malgré un travail sérieux et structuré ;
- impression de « brouillard mental » quasi permanent ;
- trous noirs répétés en DST ou concours blancs ;
- incapacité à se concentrer plus de 10‑15 minutes, même au calme ;
- sentiment d'avoir toujours été « dans la lune », accentué par la prépa.
Dans ces configurations, le bilan peut permettre :
- d'objectiver un trouble attentionnel ou mnésique jusque‑là méconnu ;
- de distinguer ce qui relève d'un burn‑out étudiant naissant ;
- de proposer des stratégies très concrètes pour protéger ce qui fonctionne encore bien.
À Rambouillet, j'insiste toujours sur un point lors de la première consultation : le bilan n'est pas un tribunal. Il ne vient pas juger la valeur de l'étudiant, mais éclairer ce que le système ne voit pas.
Histoire d'un étudiant « démotivé »… qui ne l'était pas du tout
Thomas, 19 ans, arrive au cabinet en plein mois de janvier, après quelques mois de prépa économique. Il se présente comme « feignant », « pas fait pour ça ». Ses enseignants parlent de potentiel « gâché », ses parents d'un « manque de sérieux ». Sur le bureau, pourtant, ses cahiers sont pleins.
Le bilan révèle un profil intellectuel solide, une excellente compréhension verbale, mais une vitesse de traitement très basse et des performances attentionnelles erratiques. En clair : Thomas comprend très bien, mais trop lentement pour suivre le rythme d'une prépa ultra‑rapide.
On travaille alors sur deux axes :
- à court terme, des stratégies d'adaptation pour limiter la casse pendant l'année en cours (choix d'épreuves, priorisation radicale, protection du sommeil) ;
- à moyen terme, une réorientation vers un cursus exigeant mais moins chronométré, où sa profondeur de réflexion deviendra un atout au lieu d'être un handicap.
Thomas n'était pas démotivé. Il était simplement placé dans un environnement cognitif qui ne correspondait pas à son profil. Le comprendre lui a évité le glissement, fréquent, vers l'auto‑dénigrement et la dépression.
Et maintenant, que faire si votre enfant ou vous‑même êtes en train de saturer ?
Si vous reconnaissez trop de choses dans ces lignes - l'épuisement chronique, la mémoire trouée, les crises de larmes sur les annales de concours - il est peut‑être temps d'arrêter de traiter le problème comme un simple « manque de volonté ».
Le premier pas peut être un échange autour de la charge cognitive réelle, des contraintes imposées par l'établissement, des marges de manœuvre possibles. Parfois, un ajustement de planning suffit à desserrer l'étau. Parfois, il faut aller plus loin et envisager un bilan neuropsychologique complet, surtout quand les signes de saturation s'installent.
À Rambouillet, le cabinet NeuroSynaPsy accueille régulièrement collégiens, lycéens, étudiants de prépa ou d'université qui ne cherchent pas un « passe‑droit », mais une compréhension fine de leur fonctionnement. Non pour se victimiser, mais pour arrêter de se battre à l'aveugle.
La période de janvier‑février est souvent le point de bascule : soit on continue en se disant « ça ira mieux après les concours », soit on accepte d'interroger la façon dont le cerveau est en train de vivre cette année. Dans le doute, mieux vaut questionner maintenant que réparer plus tard. Et si besoin, la page Honoraires vous donnera les repères concrets pour envisager ce pas sans surprise.