Hiver, fatigue et mémoire brouillée : protéger son cerveau quand la lumière baisse

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Chaque hiver à Rambouillet, le scénario se répète : journées courtes, lumière rare, fatigue lourde, sensation de mémoire brouillée. Beaucoup redoutent un trouble cognitif alors qu’une bonne part du problème tient au rythme saisonnier et à la fatigue hivernale. Faut‑il s’alarmer ou adapter intelligemment son fonctionnement ?

Ce que la saison froide fait vraiment à notre cerveau

Janvier‑février sont des mois où les plaintes cognitives explosent en consultation. Les gens dorment mal, se sentent lents, ont l’impression que leur attention est trouée comme un vieux pull. Et dans une société obsédée par la performance, ce simple ralentissement saisonnier est vécu comme un échec personnel, voire comme le signe d’un cerveau qui « décroche ».

Sur le plan neurobiologique, la baisse de lumière perturbe les rythmes circadiens, la sécrétion de mélatonine et, par ricochet, la qualité du sommeil. Moins de sommeil réparateur, plus de troubles de l’attention et de la mémoire de travail, plus de difficultés à gérer les émotions. Ajoutez à cela une reprise de travail souvent violent après les fêtes, et vous obtenez un cocktail parfait pour ébranler les fonctions exécutives.

Fatigue hivernale ou véritable trouble de la mémoire ?

Il serait tentant de tout mettre sur le compte de la saison : « C’est l’hiver, ce sera mieux au printemps ». Ce serait une erreur aussi grossière que l’excès inverse, qui consisterait à voir Alzheimer partout. La clinique, ici, demande de la nuance.

Des oublis qui augmentent… mais restent contextuels

En hiver, les oublis du quotidien se multiplient souvent :

  • Oublier de répondre à un mail important.
  • Se tromper de jour pour un rendez‑vous.
  • Ne plus se souvenir pourquoi on est entré dans une pièce.

Si ces lapsus surviennent dans un contexte de surcharge professionnelle, de nuits hachées, de moral en berne, ils sont probablement le symptôme d’un système saturé, pas le signe d’un cerveau qui se désagrège. C’est dans ces cas que le soutien psychologique centré sur les fonctions cognitives peut être pertinent, pour remettre de l’ordre dans les priorités et dans l’hygiène de vie.

Les signaux qui doivent amener à consulter sans tarder

À l’inverse, certains signes ne doivent jamais être attribués uniquement à l’hiver :

  • Une désorientation dans des lieux familiers (se perdre sur un trajet connu).
  • Des difficultés à suivre une conversation simple, même bien reposé.
  • Des troubles du langage marqués (mots inappropriés, phrases disloquées).
  • Une perte d’autonomie dans les tâches quotidiennes (paiement, gestion des médicaments, cuisine).

Dans ces cas‑là, la saison n’est qu’un décor. Il faut envisager un bilan de mémoire ou un bilan neuropsychologique complet, et parfois un avis neurologique. La Fondation Alzheimer détaille précisément ces signaux d’alerte, qu’il serait dangereux de minimiser.

Hiver, moral en baisse et cognition ralentie

Un autre acteur pèse lourd dans l’équation hivernale : le moral. Les jours courts, le froid, la baisse d’activités plaisantes peuvent favoriser un état dépressif plus ou moins prononcé. Or, un épisode dépressif n’est jamais uniquement émotionnel. Il s’incarne aussi dans le fonctionnement cognitif.

On parle parfois de « pseudo‑démence dépressive » : la personne est ralentie, oublie, peine à se concentrer, et elle‑même s’inquiète d’une maladie neurodégénérative. En réalité, c’est souvent la dépression qui entrave la capacité à se mobiliser mentalement. Tant que l’humeur n’est pas prise en charge, « faire travailler sa mémoire » ne suffit pas.

À Rambouillet, les mois de janvier et février voient affluer ces profils : personnes âgées inquiètes, actifs épuisés, étudiants démotivés. La première étape est souvent de sortir de l’isolement et de poser les choses dans un cadre sécurisé, via un entretien d’anamnèse ou une consultation de soutien.

Adapter son environnement hivernal à son cerveau

Plutôt que de subir passivement l’hiver, il est possible d’en faire une sorte de « saison d’entretien » pour son cerveau. Non pas en multipliant les exercices en ligne, mais en ajustant quelques variables très concrètes.

Travailler avec, et non contre, la lumière

La lumière naturelle est l’un des régulateurs majeurs de notre horloge interne. Quand on vit dans une région boisée comme le Sud‑Yvelines, l’hiver peut donner l’impression de vivre en permanence dans une semi‑pénombre. Il devient alors stratégique de :

  • Sortir à la lumière du jour même par temps couvert, ne serait‑ce que 20 à 30 minutes.
  • Placer son bureau près d’une fenêtre quand c’est possible.
  • Limiter l’exposition aux écrans très lumineux tard le soir, qui décalent encore davantage les rythmes.

Dans certains cas bien sélectionnés, la luminothérapie peut apporter un plus, mais elle ne remplace pas une réflexion globale sur les horaires, le sommeil et la charge de travail.

Simplifier la charge mentale plutôt que la nier

L’hiver concentre souvent des chantiers professionnels lourds (clôtures comptables, nouveaux projets, bilans annuels) alors que notre énergie subjective diminue. Continuer à fonctionner comme si de rien n’était est une stratégie perdante.

Concrètement, il peut être utile de :

  • Alléger volontairement certains engagements sociaux ou associatifs pendant les semaines les plus sombres.
  • Externaliser un maximum de rappels (agenda partagé, alarmes, listes centralisées plutôt que post‑it partout).
  • Mettre en place des routines stables du matin et du soir pour économiser les fonctions exécutives.

Ce type d’organisation fait partie, au cabinet, des axes de travail en remédiation cognitive pour les personnes dont la mémoire n’est pas « malade » mais submergée.

Le cas particulier des personnes âgées en hiver

Chez les personnes de plus de 60 ans, la saison froide a un impact très particulier. Baisse d’activités extérieures, isolement, infections hivernales, effets secondaires de certains traitements : la cognition se retrouve à la croisée de multiples facteurs de fragilisation.

Nous voyons régulièrement des familles affolées par une dégradation nette de l’hiver qui se résorbe en partie au printemps. Faut‑il en conclure qu’il ne se passe rien de sérieux ? Pas forcément. L’hiver agit parfois comme un test de résistance : il met au jour des fragilités qui restaient discrètes jusqu’alors.

Dans ces situations, un bilan de mémoire bien conduit permet de faire la part des choses entre les effets environnementaux (isolement, dépression saisonnière, fatigue) et un éventuel début de trouble neurocognitif. Là encore, c’est moins le score chiffré qui compte que l’analyse fine du profil.

Hiver et enfants scolarisés : quand la tête décroche pendant les devoirs

Les enfants ne sont pas épargnés par la saison. En primaire comme au collège, les parents décrivent souvent, en janvier, des soirées de devoirs qui tournent au bras de fer : lenteur extrême, inattention, oubli rapide des leçons apprises la veille.

Avant de conclure à un trouble de la mémoire ou à un trouble de l’attention, il est utile de regarder le tableau complet : heures de coucher, temps passé aux écrans, activités extra‑scolaires, climat familial. Un enfant qui sort de l’école de nuit, mange rapidement, puis enchaîne devoirs et écrans jusqu’à 22h ne peut pas, objectivement, offrir à son cerveau les conditions nécessaires pour apprendre.

Quand les difficultés persistent malgré des ajustements raisonnables, un bilan attentionnel et exécutif peut aider à différencier ce qui relève d’un rythme de vie délirant de ce qui s’enracine dans un fonctionnement cognitif particulier.

Quand envisager un bilan neuropsychologique en hiver ?

Plutôt que de fuir les évaluations en se disant « ce n’est que la saison », ou au contraire de réclamer un bilan à la moindre fatigue, quelques repères peuvent guider la décision :

  • Les difficultés cognitives étaient déjà présentes avant l’hiver et se sont amplifiées.
  • Elles impactent significativement la vie quotidienne ou professionnelle.
  • Elles s’accompagnent de signaux d’alerte neurologique (désorientation, trouble du langage, perte d’autonomie).
  • Elles persistent au‑delà de simples ajustements de sommeil, de rythme et d’environnement.

Dans ces cas, attendre le printemps n’est pas forcément une bonne idée. L’entretien préalable décrit sur le site permet justement de clarifier si un bilan est pertinent immédiatement ou s’il vaut mieux d’abord travailler sur d’autres leviers (sommeil, humeur, charge mentale).

Faire de l’hiver un laboratoire plutôt qu’un ennemi

Au fond, l’hiver agit comme un révélateur. Il met en évidence ce qui, en temps normal, passait grâce à nos capacités de compensation. Plutôt que d’y voir un simple tunnel à traverser, on peut le considérer comme un laboratoire : comment mon cerveau fonctionne‑t-il sous une lumière plus basse ? De quoi a‑t-il visiblement besoin pour rester opérationnel ?

Si vous sentez que votre quotidien hivernal à Rambouillet ressemble à un brouillard permanent - fatigue, oublis, perte de concentration - le pire réflexe serait de vous accuser de manquer de volonté. Le deuxième pire serait de tout ramener à une maladie grave sans avoir pris le temps d’une évaluation nuancée.

Entre ces deux excès, il existe un chemin : prendre rendez‑vous pour un bilan ou un soutien psychologique ciblé, non pour « réparer » votre cerveau, mais pour lui redonner le droit d’être saisonnier… tout en restant fiable là où c’est vraiment nécessaire.

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La neuropsychologie est une spécialité de la psychologie qui étudie les fonctions supérieures (langage, mémoire, attention, etc…) et leur rapport avec les structures cérébrales. Le rôle du neuropsychologue est d'évaluer, comprendre et accompagner les personnes qui rencontrent des difficultés cognitives.