Troubles neurovisuels chez l'enfant : ces dysfonctionnements qu'on rate encore

Date : Tags : , , , ,

Dans les bilans au cabinet, il y a ces enfants qu'on dit « maladroits », « dans la lune » ou « pas scolaires », alors que le vrai problème se niche ailleurs : dans des troubles neurovisuels finement cachés, souvent confondus avec des troubles de l'attention ou des difficultés pédagogiques. C'est un angle mort encore massif de la clinique.

Voir n'est pas seulement avoir 10/10 à l'ophtalmo

Premier malentendu : un enfant peut parfaitement « bien voir » au sens ophtalmologique et être pourtant en grande difficulté pour traiter les informations visuelles. L'acuité est correcte, mais le cerveau, lui, peine à organiser, sélectionner, mémoriser ce qu'il reçoit.

Les troubles neurovisuels concernent les étapes cérébrales du traitement visuel : repérer une forme dans un ensemble, se repérer sur une page, comprendre un schéma, suivre une ligne, coordonner œil‑main. Quand ces systèmes déraillent, tout le parcours scolaire se grippe silencieusement.

À Rambouillet comme ailleurs, ces profils passent sous les radars, alors même que certaines formations spécialisées - comme celle suivie par Lina Matallah à la Fondation Rothschild - existent et offrent des outils de prise en charge très concrets. Encore faut‑il que quelqu'un pense à cette hypothèse…

Les signes discrets qui doivent alerter parents et enseignants

Le piège, c'est que les tableaux cliniques sont rarement spectaculaires. Les enfants compensent, bricolent, s'épuisent. Ce sont souvent les adultes autour d'eux qui finissent par sentir que « quelque chose cloche », sans toujours réussir à nommer quoi.

En classe : quand le visuel devient un champ de mines

Parmi les signes que nous retrouvons régulièrement dans les motifs de bilan neuropsychologique :

  • Des difficultés à se repérer sur la feuille : l'enfant saute des lignes, perd la colonne dans un tableau, ne suit pas le texte.
  • Une écriture très irrégulière, comme si la taille des lettres changeait sans raison, avec des difficultés à respecter les lignes.
  • Une fatigue énorme devant les tâches écrites ou les copies de leçons : ce qui prend 10 minutes à un camarade lui en prend 30.
  • Une tendance à éviter tout ce qui est schémas, cartes, figures géométriques, malgré une bonne compréhension orale.

Souvent, ces difficultés sont classées un peu vite dans la case « manque de soin », « manque d'attention » ou « n'écoute pas les consignes ». Et il est vrai que l'enseignant n'a pas, en principe, à démêler seul ce qui relève d'un trouble visuo‑spatial ou d'un manque d'investissement. Mais si personne ne se pose la question, l'enfant, lui, paiera la note.

À la maison : chaos dans les jeux de construction et la vie quotidienne

En dehors de la classe, d'autres indices peuvent mettre la puce à l'oreille :

  • Difficultés marquées dans les puzzles, les jeux de construction, les jeux de plateau avec un plan visuel complexe.
  • Maladresse apparente : se cogner, renverser, mal apprécier les distances, notamment dans les environnements nouveaux.
  • Impossibilité de retrouver un objet « pourtant juste devant lui » dans une pièce un peu encombrée.
  • Grande anxiété dans les lieux bruyants et visuellement chargés (centres commerciaux, fêtes de famille, cantine).

Pris séparément, ces éléments pourraient sembler anecdotiques. Pris ensemble, ils racontent autre chose : un cerveau qui peine à organiser le monde visuel, et qui doit fournir un effort permanent pour compenser. De là à conclure que l'enfant est « fatigable », « opposant » ou « angoissé », il n'y a qu'un pas, souvent franchi trop vite.

Pourquoi ces troubles restent si peu connus en France

On pourrait croire, en 2026, que ce type de difficultés est parfaitement intégré aux parcours de soins. C'est loin d'être le cas. Beaucoup de parents passent d'un spécialiste à l'autre - orthophoniste, ophtalmologue, orthoptiste, psychomotricien - sans qu'un regard véritablement neuropsychologique soit posé.

L'HAS commence à intégrer davantage les dimensions neurodéveloppementales dans ses recommandations, mais les troubles neurovisuels restent encore les cousins oubliés des troubles DYS plus médiatisés. On parle de dyslexie, de dyspraxie, de TDAH ; beaucoup moins de ces difficultés de traitement visuel central qui peuvent pourtant tout saboter.

Soyons honnêtes : la formation initiale en psychologie abordait longtemps ces questions de manière rapide, parfois purement théorique. Ce n'est que grâce au travail de centres spécialisés, comme la Fondation Rothschild, que des protocoles d'évaluation et de rééducation plus solides se diffusent peu à peu. Au cabinet, cette expertise constitue une ressource précieuse pour affiner les bilans et proposer une remédiation cognitive adaptée.

Évaluer un trouble neurovisuel : bien plus qu'un simple test de vue

Quand nous suspectons un trouble neurovisuel, le bilan neuropsychologique n'a rien d'un test « standard » un peu générique. Il s'agit d'explorer plusieurs dimensions très précises, tout en tenant compte de l'âge, de la fatigabilité et du profil global de l'enfant.

Analyse fine du visuo‑spatial et de l'attention visuelle

Les épreuves peuvent porter sur :

  • La capacité à repérer une cible dans un ensemble d'éléments visuels.
  • La construction de figures complexes et leur reproduction de mémoire.
  • Le balayage visuel d'une page, la recherche d'erreurs, le suivi de lignes ou de colonnes.
  • La coordination œil‑main dans des tâches de précision.

L'enjeu n'est pas seulement de comptabiliser les erreurs, mais d'observer comment l'enfant s'y prend, quelles stratégies il mobilise, comment il réagit à l'échec, et surtout comment il peut s'améliorer avec un guidage adapté.

Articuler bilan neurovisuel et autres fonctions cognitives

Un enfant n'est jamais uniquement « un trouble ». Il a des forces, parfois spectaculaires, dans d'autres domaines : mémoire verbale, raisonnement logique, compréhension orale très fine. Le bilan intellectuel, via des outils comme le WISC‑V, permet de situer ce profil global.

Au cabinet, nous insistons pour que les parents repartent avec une vision nuancée : oui, il y a un dysfonctionnement qui mérite des aménagements ; non, cela ne résume pas leur enfant. Cette articulation entre déficits et ressources est au cœur de l'approche décrite sur la page des bilans.

Un cas concret : l'enfant qui « déteste les cartes »

Je pense à ce garçon de 10 ans, amené pour « lenteur, désorganisation et refus de géométrie ». Les mots‑clés étaient déjà là, mais noyés dans les interprétations : manque de volonté, peur de l'effort, influence des écrans. Le bilan a montré tout autre chose.

Acuité visuelle normale, QI global dans la moyenne haute, vocabulaire riche. Mais dès qu'il fallait analyser un schéma, lire une carte, reproduire une figure, son système entrait en panique silencieuse. Les yeux sautaient, la main ne suivait plus, la page devenait un bloc uniformément menaçant.

Le diagnostic de trouble neurovisuel visuo‑spatial a permis :

  • De mettre en place des aménagements scolaires simples (supports épurés, consignes fragmentées, repères visuels clairs).
  • D'engager un travail de remédiation ciblé, avec Lina Matallah, pour entraîner progressivement les stratégies de repérage.
  • Et surtout, d'arrêter de le décrire comme « paresseux ». Ce changement de regard reste, de loin, le traitement le plus puissant.

Quels leviers pour aider concrètement un enfant avec trouble neurovisuel ?

Une fois le bilan posé, commence le travail le plus important : transformer ce diagnostic en gestes concrets du quotidien, à l'école comme à la maison.

Adapter l'environnement plutôt que forcer l'enfant

À l'école, quelques ajustements font une vraie différence :

  • Éviter les feuilles surchargées, privilégier des supports aérés.
  • Utiliser des codes couleur cohérents pour les colonnes, lignes, axes.
  • Autoriser une règle de lecture pour suivre les lignes, ou un cache pour masquer le reste de la page.
  • Donner du temps supplémentaire sur les tâches nécessitant une analyse visuelle complexe.

À la maison, l'idée est la même : structurer l'espace (ranger toujours au même endroit, limiter le bric‑à‑brac visuel), choisir des jeux qui entraînent sans humilier, doser la difficulté plutôt que « faire comme les autres pour qu'il s'habitue ».

Ne pas oublier le vécu émotionnel de l'enfant

Vivre avec un trouble neurovisuel non reconnu, c'est accumuler des expériences d'échec sans explication. Ce terrain est propice à l'anxiété de performance, au repli, parfois à des conduites d'évitement déguisées en « j'aime pas l'école ».

C'est là que le soutien psychologique centré sur les fonctions cognitives prend tout son sens : aider l'enfant à comprendre son fonctionnement, à mettre des mots simples sur ce qui se passe dans son cerveau, à reconstruire une estime de soi cabossée par des années de malentendus.

Pourquoi se tourner vers un cabinet de neuropsychologie à Rambouillet

À Rambouillet et dans le Sud‑Yvelines, l'accès à des consultations spécialisées est souvent plus rapide qu'en région parisienne intra‑muros, ce qui permet de ne pas laisser traîner une suspicion de trouble neurovisuel pendant des mois. Au cabinet NeuroSynaPsy, nous avons fait le choix assumé de consacrer du temps à l'entretien préalable pour orienter au mieux les bilans.

Si vous reconnaissez votre enfant dans ces lignes - fatigue devant les feuilles remplies, détestation des cartes et schémas, maladresses difficiles à expliquer - il n'est pas nécessaire d'attendre que les bulletins scolaires virent au rouge vif pour agir. Un premier échange suffit souvent à décider s'il est pertinent d'engager un bilan ciblé ou de commencer par discuter avec l'école d'ajustements raisonnables.

Les troubles neurovisuels ne sont ni une fatalité ni une mode. Ce sont des réalités cliniques fines, qui réclament simplement ce que notre système a parfois du mal à offrir : du temps, de l'écoute et une expertise spécifique. C'est à ce prix‑là que l'enfant peut enfin arrêter de se battre seul contre ses cahiers.

À lire également

Date :
La neuropsychologie est une spécialité de la psychologie qui étudie les fonctions supérieures (langage, mémoire, attention, etc…) et leur rapport avec les structures cérébrales. Le rôle du neuropsychologue est d'évaluer, comprendre et accompagner les personnes qui rencontrent des difficultés cognitives.