Printemps des parents divorcés : protéger le cerveau des enfants pris en étau
Au printemps, les cabinets se remplissent de parents séparés à bout de souffle. Cahiers oubliés, crises, perte de concentration : l'enfant devient le baromètre de la guerre d'adultes. Comment un soutien psychologique et parfois un bilan neuropsychologique permettent de protéger ses fonctions exécutives plutôt que d'ajouter une couche de culpabilité.
Quand le divorce s'invite dans la mémoire et l'attention
À Rambouillet comme ailleurs, je vois défiler le même scénario : les parents gèrent en parallèle la séparation, les audiences, les déménagements, et soudain l'école sonne l'alarme. L'enseignant parle de "troubles de l'attention", de "manque de maturité", parfois même de suspicion de TDAH. Sur le papier, tout y ressemble :
- consignes oubliées ;
- devoirs non faits d'une semaine sur l'autre ;
- colères explosives au moment de s'y mettre ;
- résultats en chute libre alors que le niveau était correct.
Sauf que dans le cartable de l'enfant, il n'y a pas seulement ses cahiers. Il y a aussi les tensions, les regards lourds, les questions à demi‑mot : "Tu préfères vivre chez qui ?", "Tu ne lui répètes pas ce que je te dis, hein ?".
Et ça, aucun test n'apparaît dessus en rouge, pourtant le cerveau encaisse.
Une réalité peu dite : la charge cognitive des enfants de parents séparés
Les travaux sur l'impact psychologique de la séparation parentale abondent, mais on parle très peu du versant cognitif. Pourtant, lorsqu'un enfant jongle entre deux foyers, deux organisations, parfois deux écoles, il porte une charge cognitive qui serait déjà lourde pour un adulte structuré.
Concrètement, il doit :
- mémoriser deux ensembles de règles du quotidien ;
- s'adapter à des rythmes et attentes parfois opposés ;
- gérer un flot émotionnel (tristesse, colère, culpabilité) qui grignote l'attention disponible.
Les fonctions exécutives - planification, organisation, gestion de la flexibilité - sont mobilisées en permanence, au détriment des apprentissages. C'est comme lui demander de réviser ses tables de multiplication pendant un déménagement permanent.
Les recommandations de la Commission nationale consultative des droits de l'enfant et de plusieurs sociétés savantes rappellent d'ailleurs que la stabilité et la prévisibilité du cadre sont des déterminants majeurs du développement. On le sait, mais on oublie souvent de le traduire en termes de mémoire de travail, d'attention, d'inhibition.
Faut‑il parler de trouble cognitif, ou d'environnement toxique ?
Quand l'école réclame un bilan neuropsychologique
Les équipes pédagogiques, souvent de bonne foi, demandent parfois "un bilan" pour y voir clair. À NeuroSynaPsy, on commence systématiquement par un entretien approfondi. Et très souvent, la question n'est pas : "Votre enfant a‑t-il un TDAH ?", mais plutôt : "Dans quelles conditions son cerveau est‑il censé fonctionner ?".
Je pense à cette fillette de 10 ans, ballottée tous les trois jours entre Rambouillet et une autre commune, avec deux agendas de devoirs différents, des trous dans les fournitures, des remarques permanentes sur son "manque de sérieux". Elle ne retenait plus rien, explosait pour un rien, confondait les leçons.
Sur les tests, son attention était instable... mais dans un cadre calme, sécurisé, on voyait bien qu'elle avait un potentiel intact. Ce qui la mettait à genoux, ce n'était pas son cerveau, mais le chaos autour.
Ce que le bilan peut - et ne peut pas - dire
Un bilan de fonctions exécutives peut objectiver :
- des difficultés d'inhibition (impulsivité, réactions explosives) ;
- un déficit de flexibilité (blocage dès qu'on change la consigne) ;
- une mémoire de travail fragile (impossibilité de garder plusieurs informations en tête).
Mais il ne dira jamais : "Les parents se déchirent trop pour que l'enfant apprenne sereinement". C'est là que le soutien psychologique a toute sa place, pour remettre de la nuance, du contexte, et parfois rappeler aux adultes que l'enfant n'est pas un dossier à défendre, mais un cerveau en construction.
Printemps, jugements et devoirs : un cocktail explosif
Pourquoi le printemps revient‑il si souvent comme période de crise ? Parce que les audiences de jugement, les décisions de garde, les changements d'organisation tombent souvent à ce moment de l'année scolaire. Ajoutez à cela :
- les évaluations de fin de trimestre ;
- les conseils de classe qui menacent de redoublement ;
- les examens d'entrée au collège ou au lycée.
Vous obtenez un cocktail parfaitement calibré pour faire tomber les défenses cognitives d'un enfant déjà surchargé.
À Rambouillet, j'ai vu des enfants qui ne se mettaient pas aux devoirs parce qu'ils attendaient, inconsciemment, que "le parent de l'autre week‑end" rentre à la maison. Comment voulez‑vous que la mémoire de travail se concentre sur un texte d'histoire quand la question réelle, intérieure, c'est : "Où vais‑je habiter l'année prochaine ?".
Cas d'usage : l'agenda partagé qui a sauvé un CM2
Ici encore, je change les détails, mais l'essentiel est vrai.
Un garçon de CM2, suivi au cabinet pour des difficultés d'organisation, vivait en garde alternée strictement 1 semaine / 1 semaine. Chaque parent accusait l'autre de ne pas faire les devoirs. L'école parlait déjà de redoublement.
Plutôt que de dégainer des tests à tout‑va, nous avons commencé par un soutien psychologique centré sur le fonctionnement cognitif : expliquer à l'enfant comment son attention fonctionne, comment sa mémoire se fatigue quand il doit penser à mille choses en même temps.
Puis, en séance conjointe, nous avons proposé aux parents :
- un agenda unique, partagé, qui reste dans le cartable et ne change pas de format selon le domicile ;
- un rituel de devoirs identique dans les deux maisons (même heure, même durée, même type de pause) ;
- un engagement clair à ne pas régler les conflits de couple pendant ce temps‑là.
Résultat : les performances scolaires se sont redressées sans qu'on ait besoin d'inventer un trouble cognitif. Le cerveau de l'enfant, qu'on croyait "paresseux", était simplement saturé par un double environnement contradictoire.
Ce que peuvent faire concrètement les parents
Stabiliser ce qui peut l'être
Vous ne pouvez pas tout. Mais vous pouvez beaucoup plus que vous ne le croyez sur le plan cognitif. Quelques leviers très concrets pour protéger les fonctions exécutives d'un enfant pris entre deux foyers :
- conserver le même type de cartable, de trousse, d'agenda dans les deux maisons ;
- éviter de changer sans cesse les règles de coucher, surtout en période d'évaluations ;
- annoncer les changements à l'avance, même si vous n'êtes pas d'accord sur tout ;
- épargner l'enfant des détails des procédures judiciaires, qui le mettent en alerte constante.
Ce n'est pas de la "psychologie de bisounours", c'est de l'hygiène cognitive de base. Un cerveau en développement a besoin de prévisibilité pour investir ses ressources dans les apprentissages, pas dans la survie émotionnelle.
Nommer ce qui se passe dans le cerveau
Lors des séances de soutien psychologique, nous expliquons souvent aux enfants, avec des mots simples, comment fonctionnent l'attention, la mémoire, la gestion des émotions. On dessine parfois un "tableau de bord du cerveau" :
- un bouton "alarme" (émotion) ;
- un tableau "choses à retenir" ;
- un levier "je m'arrête / je continue".
L'objectif n'est pas de les transformer en petits neuroscientifiques, mais de leur redonner un minimum de contrôle sur ce qui leur arrive. Quand un enfant comprend que ses difficultés à se concentrer ne font pas de lui un "nul", mais le signe d'un cerveau sursollicité, on ouvre une brèche vers la coopération.
Quand un bilan neuropsychologique est vraiment indiqué
Tout n'est pas psychologique. Il existe bien sûr de vrais troubles attentionnels, des troubles des apprentissages, des profils cognitifs particuliers qui nécessitent une évaluation fine. Nous recommandons un bilan neuropsychologique quand, malgré :
- une stabilisation minimale de l'organisation entre les deux foyers ;
- un travail de médiation avec l'école ;
- un soutien psychologique régulier,
les difficultés persistent de manière massive, dans tous les contextes (école, maison, activités périscolaires).
Dans ces cas‑là, un bilan attentionnel et exécutif, éventuellement complété par un bilan de mémoire ou intellectuel, permet de sortir de l'opposition stérile "c'est le conflit / ce n'est que le cerveau". Souvent, c'est les deux. Et c'est bien le rôle du neuropsychologue de démêler ce qui relève de la dynamique familiale et ce qui relève d'un fonctionnement cognitif particulier.
À Rambouillet, préserver l'enfant avant le dossier
Rambouillet, avec sa vie de famille parfois éclatée entre la ville, Paris et les communes voisines, n'échappe pas à ces histoires‑là. Dans notre cabinet, nous ne sommes ni juges, ni avocats. Nous défendons autre chose : le droit de l'enfant à garder un cerveau disponible pour apprendre, penser, jouer, même quand les adultes sont en pleine tempête.
Si vous sentez que votre enfant glisse sur le plan scolaire depuis la séparation, sans savoir si vous devez parler de psychologie, de cognition ou des deux, le premier pas n'est pas de cocher des cases de symptômes sur Internet. C'est d'oser demander un espace d'évaluation nuancé.
Un bilan neuropsychologique bien posé, ou parfois quelques séances de soutien psychologique centrées sur les fonctions cognitives, peuvent remettre l'enfant en position d'auteur de sa vie scolaire, plutôt que de simple objet de procédure. Et à long terme, c'est probablement le meilleur "jugement" qu'on puisse lui offrir.