Après un Covid long, ces troubles cognitifs qu'on prend encore pour de la fatigue

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Depuis l'épidémie de Covid long, des patients arrivent au cabinet avec la sensation étrange de ne plus "avoir le même cerveau". Difficultés de concentration, trous de mémoire, lenteur, brouillard mental : ces troubles cognitifs post‑Covid sont souvent minimisés, alors qu'un bilan neuropsychologique peut enfin mettre des mots et proposer une remédiation cognitive adaptée.

Le "brouillard cérébral" post‑Covid : un symptôme désormais documenté

On a longtemps entendu : "Ce n'est que du stress", "C'est dans la tête", "Vous somatisez". La recherche a pourtant rattrapé les discours. Les études récentes, relayées notamment par les équipes françaises impliquées dans le Covid long, confirment l'existence fréquente de troubles attentionnels, mnésiques et exécutifs persistants plusieurs mois après l'infection.

Au cabinet de Rambouillet, ce brouillard cognitif n'a rien d'une abstraction : ce sont des patients qui ne reconnaissent plus leur propre fonctionnement. Des enseignants qui n'arrivent plus à suivre une classe, des cadres qui peinent à mener une réunion, des étudiants qui ne tiennent plus 20 minutes sur un texte dense.

Ce qui frappe, ce n'est pas tant la sévérité des symptômes que le décalage entre la souffrance ressentie et la reconnaissance qu'on en fait. Beaucoup ont en tête un schéma simpliste : le Covid, c'était il y a longtemps, donc "vous devriez aller mieux". La réalité est plus têtue.

Mais qu'est‑ce qui dysfonctionne, exactement ?

Attention, vitesse de traitement, mémoire de travail

Les plaintes post‑Covid que nous entendons le plus souvent concernent :

  • Une attention instable : difficulté à rester concentré longtemps, à filtrer les distractions.
  • Une baisse de la vitesse de traitement : impression de "penser au ralenti".
  • Une mémoire de travail fragile : oublier la consigne en cours de route, perdre le fil d'une discussion complexe.
  • Une fatigabilité cognitive majeure : être vidé après une simple réunion ou quelques tâches simples.

Ce tableau est rarement spectaculaire. Il n'y a pas de désorientation dans la vie quotidienne, ni de confusion majeure. Mais pour des personnes à haut niveau de responsabilités, la moindre déviation par rapport à leur ligne de base habituelle devient dévastatrice.

Une atteinte hétérogène, loin des stéréotypes de la démence

Contrairement à certaines maladies neurodégénératives, les troubles post‑Covid ne suivent pas une trajectoire linéaire. Ils fluctuent, parfois sur une même journée. Un matin performant, un après‑midi à l'arrêt. Cette irrégularité contribue à discréditer la plainte : "Si vous y arrivez parfois, c'est que vous pouvez toujours". Non.

Un bilan neuropsychologique permet d'objectiver ces fluctuations et d'identifier précisément les domaines les plus touchés. On peut ainsi distinguer ce qui relève de la cognition pure, de la fatigue, de l'humeur ou des troubles du sommeil associés.

Actualité : ce que disent aujourd'hui les recommandations officielles

Les institutions commencent à combler leur retard. La Haute Autorité de Santé et d'autres organismes ont publié des guides sur la prise en charge du Covid long, reconnaissant l'existence de troubles cognitifs persistants chez une proportion non négligeable de patients.

Mais sur le terrain, à Rambouillet comme ailleurs, l'accès à des évaluations cognitives spécifiques reste très variable. Les centres mémoire sont saturés, les consultations spécialisées rares. Ce vide pousse parfois les patients vers des tests en ligne ou des consultations hâtives, qui les laissent plus déboussolés qu'avant.

Le rôle d'un cabinet de neuropsychologie indépendant est précisément de faire ce travail patient : prendre le temps d'écouter, d'évaluer, de restituer, sans réduire la personne à son infection passée ni à son dossier médical.

"Avant, je jonglais avec tout. Maintenant, une seule tâche me met à plat"

Un cas de terrain parmi d'autres

Claire, 39 ans, vient consulter un an après une forme modérée de Covid, suivie de symptômes prolongés. Responsable de projet, mère de deux enfants, elle décrit un quotidien où tout lui demande un effort démesuré :

  • Lire un rapport la vide entièrement.
  • Organiser la semaine familiale devient un casse‑tête.
  • Les réunions prolongées l'épuisent au point qu'elle ne retient presque rien.

Elle se sent "bête", honteuse, alors que son entourage répète qu'elle a "l'air d'aller bien". Le bilan montre :

  • Un niveau intellectuel dans la norme supérieure.
  • Une atteinte nette de l'attention soutenue et de la mémoire de travail.
  • Une vitesse de traitement légèrement diminuée.

Rien qui évoque une démence. En revanche, un profil parfaitement cohérent avec les descriptions actuelles des troubles cognitifs post‑Covid. La restitution lui permet enfin de mettre en récit ces difficultés et d'en discuter avec son médecin du travail, qui ajuste son temps de présence et ses missions.

À quoi sert concrètement un bilan dans le Covid long ?

On pourrait objecter : "Si ça finit par passer, pourquoi se donner cette peine ?" Parce que pendant que "ça passe", la vie continue, et souvent de travers.

1. Valider et légitimer la plainte

La première fonction du bilan est presque politique : reconnaître que ce que la personne vit est réel, mesurable, et ne se résume pas à un manque de volonté. Lorsqu'un patient voit noir sur blanc les domaines altérés, avec une explication fine, la culpabilité recule. Il peut enfin distinguer ce qui relève de ses limites temporaires et ce qui dépend d'une organisation à ajuster.

2. Orienter les aménagements professionnels ou scolaires

Les résultats du bilan peuvent être transmis, avec l'accord du patient, à :

  • Un médecin du travail (demande d'aménagement de poste, temps de travail adapté).
  • Un employeur sensibilisé, en expliquant les zones de vigilance (réunions longues, multitâches imposés).
  • Une structure scolaire ou universitaire pour justifier certains aménagements.

Plutôt que de bricoler à l'aveugle, on sait précisément quelles contraintes cognitives alléger et quelles tâches préserver.

3. Construire un programme de remédiation ciblé

Au cabinet NeuroSynaPsy, les séances de remédiation cognitive post‑Covid ne se résument pas à des jeux sur écran. Il s'agit de :

  • Travailler, par paliers, la capacité de concentration.
  • Réentraîner la mémoire de travail via des exercices adaptés.
  • Mettre en place des stratégies d'économie cognitive (planification, délégation, structuration des tâches).
  • Apprendre à détecter et respecter ses propres signaux de fatigue.

L'objectif n'est pas d'obtenir un cerveau surhumain, mais de restaurer un niveau de fonctionnement compatible avec la vie professionnelle, familiale et sociale.

Le piège du "tout ou rien" : reprendre trop vite, ou ne plus rien oser

Beaucoup de patients oscillent entre deux extrêmes : tenter de reprendre exactement comme avant (et s'effondrer), ou se mettre en retrait complet de toute activité intellectuelle, de peur de "forcer" et d'aggraver leur état.

Ni l'un ni l'autre n'est idéal. La rééducation cognitive ressemble plus à une réathlétisation progressive qu'à un repos absolu. Il faut doser finement la quantité et la complexité des tâches, comme on le ferait pour un retour au sport après une blessure musculaire.

C'est ce que permet, par exemple, un soutien psychologique centré sur les fonctions cognitives : ajuster le curseur, apprendre à accepter les jours "moins bons" sans catastropher, se réjouir des petites reprises de compétences.

Et si ce n'était pas "que" le Covid ?

Dernier point, mais essentiel : un trouble cognitif survenant après un Covid n'est pas nécessairement entièrement dû au virus. Le Covid est parfois un révélateur féroce de fragilités déjà présentes : troubles anxieux, dépression, surcharge professionnelle, carences de sommeil, voire une pathologie neurologique débutante.

Un bilan sérieux, en lien avec les autres professionnels de santé, permet aussi de ne pas tout mettre automatiquement sur le compte du Covid. C'est parfois rassurant, parfois plus inconfortable, mais toujours plus honnête.

Sortir enfin du flou

Rien n'est plus épuisant, cognitivement et moralement, que de vivre dans le doute permanent : "Est‑ce que je me fais des films ? Est‑ce que je suis en train de devenir incompétent ? Est‑ce que je dois tout arrêter ?".

Si vous avez le sentiment, des mois après un Covid, de ne plus retrouver votre niveau d'avant au travail, dans vos études ou même dans la gestion du quotidien, il n'est pas "excessif" d'en parler à un professionnel formé au fonctionnement cognitif. Un bilan neuropsychologique au cabinet de Rambouillet, ou un premier entretien, peuvent déjà apporter ce qui manque cruellement à ces situations : une compréhension fine, un langage commun et quelques pistes concrètes plutôt qu'une injonction vide à "tenir bon".

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La neuropsychologie est une spécialité de la psychologie qui étudie les fonctions supérieures (langage, mémoire, attention, etc…) et leur rapport avec les structures cérébrales. Le rôle du neuropsychologue est d'évaluer, comprendre et accompagner les personnes qui rencontrent des difficultés cognitives.